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Diageo ‘’Special Releases’’ 2014: le grand foutage de gueule

15 Septembre 2014, 15:18pm

Publié par Bishlouk

Vous le savez si vous suivez le blog depuis un certain temps, à intervalle plus ou moins régulier je pousse une gueulante, je m’énerve et je le fais savoir !

Ca avait été le cas envers Talisker (ho tiens, une distillerie appartenant à Diageo) avec le nouveau batch du 18 ans et envers Ardbeg avec sa politique marketing en général.

Ca faisait déjà un bout de temps que les hausses de prix chez Diageo (je ne mentionnerai que le Brora 40 ans, sorti il y a quelques mois, se vendant à… ±7.500€) me titillaient du clavier. Mais aujourd’hui j’explose alors que Diageo vient d’annoncer la sortie (et les prix) des nouvelles ‘’Special Releases’’ (des bouteilles haut de gamme qui sortent chaque année) 2014. Chaque fois que les distilleries sortent de nouveaux trucs en embouteillages officiels, je me dis que la folie des prix ne peut pas continuer comme ça. Et chaque fois c’est pire. Jugez plutôt :

(Note : les prix de vente suggérés que j’ai pu voir sur internet étant en livres Sterling, je les livre ici en Euro avec taux de conversion du jour)

Diageo ‘’Special Releases’’ 2014: le grand foutage de gueule
  • Benrinnes 21 ans, 2892 bouteilles : ±300€. Il existe plein de Benrinnes en embouteillages indépendants, et aucun de cet âge n’approche (même de loin) un prix aussi prohibitif.
  • Brora 35 ans, 2964 bouteilles : ±1500€. Le Brora annuel. Estimons-nous heureux, il est moins cher que le 40 ans récemment sorti. Le Brora 35 ans précédent était proposé à 800€, si mes souvenirs sont bons. Soit une bascule de presque le double :-s.
  • Caol Ila Unpeated 15 ans, 10668 bouteilles : ±95€. Ho, un truc pas cher ? A moins de 100€ ? Oui, mais du Caol Ila non tourbé, je ne vois vraiment pas l’intérêt…
  • Caol Ila 30 ans, 7638 bouteilles, ±530€. On peut encore trouver le superbe Caol Ila 1982 Archives pour moins de 150€, et de succulents 1984 (indépendants) à moins de 200€. Pourquoi aller lâcher 530€ dans celui-ci ?
  • Clynelish Select Reserve, NAS, 2964 bouteilles : ±630€. Certainement le plus gros foutage de gueule de cette release. 630€ pour un NAS ????? Mais LOL quoi, il existe des centaines de superbes Clynelish en embouteillages indépendants, on peut même se payer deux magnifiques bouteilles de 1982 pour ce prix !!! Avec ce Clynelish en NAS, Diageo annonce même la couleur pour les prochaines Special Releases : nous fourguer (je n’ai pas dit ‘’entuber’’, mais je le pense très fort) des NAS à prix ultra fort. Vaseline not included.
  • Cragganmore 25 ans, 3372 bouteilles : ±375€. Hahahaha (rire jaune). Le 12 ans se trouve à une trentaine d’euros, et franchement les Cragganmore de 20+ ans ne sont pas non plus des pépites en puissance.
  • Lagavulin 12 ans, 31428 bouteilles : ±100€. Les fans de Lagavulin n’ont pas trop le choix, il existe très peu d’embouteillages indépendants de cette distillerie. Cette bouteille-ci de cette release est à peu près la seule que Monsieur Tout Le Monde peut se payer. Mais 100€ reste, intrinsèquement, cher pour du 12 ans. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il soit bon.
  • Port Ellen 35 ans, 2964 bouteilles : ±2750€. Idem que pour le Brora, c’est le Port Ellen annuel. Et comme pour le Brora, de nouveau une forte augmentation de prix par rapport à la release précédente. Mais comme Port Ellen est une distillerie mythique (comme Brora, même combat), cette bouteille sera la cible privilégiée des collectionneurs.
  • Rosebank 21 ans, 4530 bouteilles : ±375€. Peut-être un des rares prix ‘’normal’’ de cette série. Rosebank est une distillerie fermée, assez réputée auprès des collectionneurs. Les bouteilles de Rosebank sont chères de base, chez les embouteilleurs indépendants aussi. Je suis même étonné que Diageo le propose si ‘’peu cher’’ (tout est relatif, hein).
  • Singleton of Glendullan 38 ans, 3756 bouteilles : ±950€. On ne peut pas vraiment dire que Singleton est la top distillerie hein… Bon OK, 38 ans c’est du vieux, mais 950€ pour du Singleton faut oser.
  • Strathmill 25 ans, 2700 bouteilles : ±350€. Une distillerie assez peu connue, et peu courue. Pour 350€, il y a moyen de s’offrir deux bouteilles de très bons 25 ans ailleurs.

Bon, évidemment, il faut moduler mes propos (‘’dans la nuance’’, comme dirait un de mes amis à mon sujet). Ces bouteilles sont en brut de fût alors que les entrées de gamme de ces distilleries sont, en règle générale, réduits. Ces bouteilles sont en édition limitée (mouais, m’enfin, 2000+ bouteilles on ne peut pas vraiment dire que c’est du ultra limité hein ; ça reste de l’assemblage de fûts et est très loin du single cask) et de façon évidente destinées aux collectionneurs (et aux spéculateurs, mais n’entrons pas dans ce débat).

Pour ma part, une chose est déjà claire : je ne joue plus dans la même catégorie que la clientèle visée par Diageo. Je ne boycotterai pas ces bouteilles ‘’juste’’ à cause des prix prohibitifs que je trouve tout bonnement inadmissibles, mais tout simplement parce que ce genre de whisky se place de façon voulue hors des possibilités financières de Monsieur tout le monde (moi y compris). Je boycotte donc par la force des choses (et franchement, même si j’avais de tels moyens, je doute que j’en aurais achetée ne fut-ce qu’une seule).

Néanmoins, non seulement je boycotterai dorénavant ce genre de bouteilles, mais aussi les gammes ‘’normales’’ de Diageo (les 10, 12, 18 ans et autres NAS qui eux aussi voient leurs prix augmenter à coups de 25% d’un mois à l’autre). Je goûterai encore du Diageo quand l’occasion se présentera, mais je n’en n’achèterai plus. Fini. Basta. Je me concentrerai donc sur les embouteilleurs indépendants qui, eux, pour le moment ont encore (mais pour combien de temps ?) la tête sur les épaules.

Alors oui, je suis vénère envers Diageo de nous proposer ces bouteilles (qui, peut-être, sont merveilleusement bonnes en goût, mais QUI va oser ouvrir des boutanches de ce prix-là ???) à de tels prix qui ne se justifient simplement pas, même sous couvert de la sacro-saint règle de l’offre et de la demande. Je ne vais (de nouveau) pas me faire que des amis en publiant ma gueulante, mais je suis certain aussi que j’ose dire tout haut ce que beaucoup se disent tout bas !